Société canadienne des anesthésiologistes
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Dr Randall Griffith


Harold Randall Griffith, MD, CM, OC
(1894-1985)


Le Dr Harold Randall Griffith est né à Montréal et a étudié à l’Université McGill, où il a obtenu un diplôme de médecine et une maîtrise en chirurgie en 1922. Il a aussi obtenu un doctorat en médecine homéopathique du Collège médical Hahnemann de Philadelphie en 1923. Les anesthésistes ont une dette éternelle envers le Dr Harold, comme l’appelaient affectueusement ses pairs, parce que lui et la Dre Enid Johnson, qui faisait sa résidence à ses côtés, ont utilisé le curare pour la première fois au cours d’une anesthésie le 23 janvier 1942 afin de provoquer la relaxation musculaire. Ce jour‑là, presque 100 ans après que William Morton eut fait la démonstration de l’anesthésie, le Dr Griffith a révolutionné la pratique de la discipline en montrant qu’il est possible d’utiliser sans danger une substance considérée jusque-là comme un poison afin de produire une relaxation musculaire pour une intervention chirurgicale.

Les historiens peuvent parler de l’anesthésie « avant et après Griffith ». L’arrivée des relaxants musculaires a réduit les besoins en anesthésique, élargi la portée de la chirurgie, amélioré les conditions opératoires et réduit la morbidité et, probablement, la mortalité. Le Dr Harold Griffith est ainsi à l’origine du progrès le plus important réalisé depuis l’avènement de la spécialité alors naissante; en dépit des nombreux progrès réalisés depuis 1942, rien ne se compare en importance à la contribution du Dr Griffith.

Cet homme humble et tranquille a consacré sa vie à l’anesthésie et a apporté à notre spécialité beaucoup d’autres contributions marquantes qui ont été largement acclamées et lui ont valu de nombreuses distinctions. Pendant ses études de médecine, il a commencé à s’intéresser à l’anesthésie, domaine qui le fascinait. Il s’est aperçu que la recherche et l’éducation pourraient améliorer considérablement la spécialité. Il a eu la chance de compter parmi ses nombreux amis trois des anesthésiologistes les plus importants au monde, soit le Dr Frank McMechan, qui a fondé la Société internationale de recherche en anesthésie, le Dr Wesley Bourne, qui est devenu le premier professeur d’anesthésie à l’Université McGill, et le Dr Ralph Waters de Madison (Wisconsin), expert mondial de l’anesthésie au cyclopropane et premier professeur titulaire d’anesthésie dans une faculté de médecine.

En 1922, alors qu’il était encore étudiant en médecine, le Dr Griffith a publié sa première communication sur l’anesthésie dans laquelle il établissait des lignes directrices de pratique sécuritaire de l’anesthésie. Il a insisté sur l’importance d’observer les signes vitaux et de les consigner au dossier et d’assister la respiration si elle semblait inadéquate. Il est devenu chef de l’anesthésie à l’Hôpital homéopathique de Montréal en 1923, poste qu’il a occupé jusqu’en 1959. Il a continué d’administrer des anesthésies jusqu’en 1966. En 1923, il croyait que l’éthylène constituait un meilleur anesthésique que l’oxyde nitreux et il a présenté des communications sur la question au cours de réunions internationales où il a attiré l’attention du Dr McMechan et du Dr Waters, qui lui ont rendu visite à Montréal. Ils l’ont recruté rapidement pour faire avancer et promouvoir la spécialité naissante et mal appréciée que constituait alors l’anesthésie.

La réputation de clinicien, d’enseignant, de chercheur et d’organisateur du Dr Griffith a pris rapidement de l’ampleur. Le Dr Waters a été le premier à utiliser le cyclopropane et l’a présenté au Dr Griffith qui, en 1933, a commencé à l’utiliser à l’exclusion de tout autre gaz et a beaucoup publié sur le sujet. En 1940, le Dr Lewis Wright lui a dit qu’il serait peut-être possible d’utiliser le curare pour provoquer la relaxation musculaire au cours d’une intervention chirurgicale et que le Dr A.E. Bennett l’utilisait pour atténuer les contractions musculaires au cours des électrochocs administrés en psychiatrie. L’utilisation de ce poison l’inquiétait, mais il a déclaré : « Je me suis dit que si le poison n’avait pas tué les patients du Dr Bennett, il ne pourrait pas vraiment causer de tort sérieux aux nôtres, parce que la paralysie respiratoire constituerait le principal danger et que même à l’époque, les anesthésiologistes étaient habitués à maintenir une respiration contrôlée pendant des périodes prolongées. J’ai donc demandé au Dr Wright de m’envoyer de l’intocostrin. » Lorsqu’il a administré la substance à jeune homme qui subissait une appendicectomie le 23 janvier 1942, la relaxation musculaire s’est améliorée, ce qui lui a permis de réduire la concentration de cyclopropane et d’éviter de recourir à la ventilation assistée. Après avoir administré de l’intocostrin à 24 autres patients, il a conclu que le médicament pouvait servir sans danger pour produire une relaxation musculaire. Sa communication a paru dans Anesthesiology en juillet 1942. Il comprenait les problèmes que posait le curare et même si d’autres en ont fait l’essai en laboratoire et ont laissé tomber, il l’a utilisé avec sagesse et courage dans la salle d’opération et a démontré qu’il était sans danger.

Le Dr Griffith avait déjà fait preuve de courage au cours de la Première Guerre mondiale, et il a reçu la médaille militaire de bravoure pour la Bataille de la Crête de Vimy. Il est passé par la suite à la marine où il a été sous-lieutenant chirurgien anesthésiste. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était commandant d’escadre dans l’Aviation royale canadienne, il a mis sur pied un programme de formation accélérée en anesthésie à l’intention des médecins qui seraient affectés outre-mer à l’administration d’anesthésiques. Il a ainsi eu la distinction de servir dans les trois branches des forces armées.

Lorsque le Dr Wesley Bourne est devenu le premier professeur d’anesthésie et directeur du Département d’anesthésie à l’Université McGill, il a invité le Dr Griffith à se joindre à son personnel et celui‑ci s’est fondé son expérience de la formation de médecins anesthésistes au cours de la guerre pour organiser le Programme de formation de résidents en anesthésie de l’Université McGill. Le Dr Griffith est devenu professeur et directeur du Département d’anesthésie en 1951, année du départ à la retraite du Dr Bourne, et il a occupé le poste jusqu’en 1956. Il a alors été nommé professeur émérite au Département d’anesthésie de l’Université McGill. Pendant 30 ans, il a aussi été directeur médical de l’Hôpital homéopathique, devenu l’Hôpital Reine Elizabeth de Montréal.

Le Dr Griffith a créé la première salle de réveil au Canada en 1943 et une unité de soins intensifs en 1961. Il était d’avis que la communication constituait le meilleur moyen de faire avancer l’anesthésie et c’est pourquoi il a mis sur pied la Société des anesthésistes canadiens à Montréal qui, trois ans plus tard, en 1943, devenait la Société canadienne des anesthésistes. Il a été le premier président de la Société, poste qu’il a occupé pendant trois ans. Il a été vice-président de l’American Society of Anesthesiologists en 1946, a été élu président de la Société internationale de recherche sur l’anesthésie en 1948 et en a présidé le conseil d’administration de 1949 à 1952. De 1951 à 1955, il a participé à ce qu’il a probablement considéré comme sa plus grande contribution à l’anesthésie, soit l’organisation de la Fédération mondiale des sociétés d’anesthésiologistes. Il en a été élu président au cours de la première assemblée qui a eu lieu aux Pays-Bas en 1955 et, au cours de la deuxième, qui s’est tenue à Toronto en 1959, il a été élu président fondateur permanent. Il a siégé au conseil d’administration et au conseil de rédaction d’Anesthesia and Analgesia de 1952 à 1961 et a été vice-président de l’Académie des anesthésiologistes de 1952 à 1955.

Le Dr Griffith a reçu de nombreuses distinctions au cours de sa vie, y compris le Prix Feltrinelli de l’Academe dei Lincei de Rome en 1954, la Médaille Hickman de la Royal Society of Medicine de Londres en 1956, le Prix de reconnaissance pour services exceptionnels de l’ASA en 1959 (le seul non-Américain à l’avoir jamais reçu) et a été nommé président fondateur de la Fédération mondiale des sociétés d’anesthésiologistes en 1959. Il a reçu la Médaille d’or de la Société canadienne des anesthésistes en 1962, le Prix Ralph Waters de l’Illinois Society of Anesthesiology en 1970. Fait officier de l’Ordre du Canada en 1974, il a reçu un doctorat honorifique en droit de l’Université de la Saskatchewan en 1974.

L’attitude, la motivation, l’énergie et le courage du Dr Harold Griffith peuvent inspirer tous ceux et celles qui veulent faire avancer notre spécialité. Ceux et celles d’entre nous qui ont eu la chance de travailler avec lui n’oublieront jamais le Dr Harold. Il souhaitait vivement que la recherche en anesthésie fleurisse toujours.

Il est donc des plus appropriés que l’Université McGill ait créé la Chaire de recherche Harold-R.-Griffith en anesthésie, dont le premier titulaire a été nommé en 1992. Cette chaire répond à ses désirs de voir la recherche se poursuivre et aux souhaits de ses nombreux admirateurs qui espéraient que l’on se rappelle toujours de ses contributions à notre spécialité.


J. Earl Wynands, MD, CM
Professeur émérite
Département d’anesthésie
Faculté de médecine
Université d’Ottawa
juin 1998

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